L’esturgeon noir possède un corps trapu et allongé en forme de cylindre ou de torpille. La tête est également allongée et le museau est proéminent et légèrement redressé. La bouche protractile et suceuse est en position ventrale, exempte de dent et précédée de quatre barbillons charnus et sensitifs. Les yeux sont petits, situés au-dessus de la bouche et juste derrière les narines proéminentes.

L’esturgeon noir est muni d’une nageoire dorsale (38-46 rayons mous) située à l’arrière du corps, au-dessus de la nageoire anale (26-28 rayons mous), d’une nageoire caudale hérérocerque au lobe supérieur développé, de deux nageoires pelviennes abdominales et de deux nageoires pectorales munies d’un premier rayon ossifié, lequel sert notamment à la détermination de l’âge.

Le corps, dépourvu d’écailles, est couvert de plaques osseuses aux arêtes coupantes disposées en cinq rangées longitudinales. La rangée dorsale comprend 7 à 16 plaques, les latérales de 24 à 35 et les ventrales de 8 à 12. S’ajoutent deux courtes rangées de 6 à 9 plaques derrière la nageoire dorsale ainsi que deux paires de plaques derrière la nageoire anale. La ligne latérale est absente. Le squelette est principalement cartilagineux à l’exception de la tête et du premier rayon de la nageoire pectorale qui sont osseux.

La coloration est dominée par le bleu-noir, surtout sur le dos. La face ventrale du corps, la nageoire anale, le lobe inférieur de la nageoire caudale et l’extrémité des nageoires doubles sont blancs. L’iris est doré, alors que les viscères et le péritoine sont blancs, sans pigmentation.

La taille varie généralement de 60 à 270 cm et la taille maximale serait de 427 cm. Il y aurait déjà eu des captures de spécimens mesurant jusqu’à 530 cm, mais aucune information officielle n’existe à cet égard. Le poids maximal rapporté pour l’espèce est de 368 kg. Le poids moyen des captures commerciales au Québec varie de 6,8 kg à 12,4 kg depuis 1994 selon le secteur de pêche. Le poids maximal pour le fleuve Saint-Laurent était de 160 kg, mais on a rapporté la capture d’un spécimen de 198 kg en 1935 à Saint-Vallier. Plus récemment, un pêcheur a mentionné la capture d’une femelle d’environ 190 kg mesurant 310 cm, le 25 août 1980 à Cap-Saint-Ignace.

L’espèce se distingue de l’esturgeon jaune par certains critères dont les principaux sont : son museau plus allongé, sa double rangée de plaques préanales, ses viscères non pigmentées, sa bouche qui mesure moins de 55 % de l’espace inter-orbital et la présence d’une zone douce (fontanelle) sur le dessus de la tête. Toutefois, pour les jeunes stades, cette distinction est difficile et la clé proposée ne permet pas d’identifier l’espèce sans erreur. Le meilleur critère d’identification des jeunes est la présence, chez l’esturgeon jaune, de taches noires sur le rostre, les nageoires pectorales, les opercules, le thorax et la nageoire caudale.


La répartition de l’espèce au Québec est connue essentiellement par les captures commerciales, dirigées ou accidentelles. L’exploitation dirigée est pratiquée uniquement dans l’estuaire moyen du fleuve Saint-Laurent, où sont identifiées les principales zones de concentration.

Historiquement, les captures dirigées étaient également effectuées en eau douce jusqu’à Pointe-au-Platon (Sainte-Croix-de-Lotbinière) sur la rive sud et Neuville sur la rive nord. Des captures accidentelles sont encore rapportées au lac Saint-Pierre, dans le fjord du Saguenay, près de la péninsule de Manicouagan ainsi qu’autour de la péninsule gaspésienne. Des permis de pêche expérimentale avaient permis la capture de près de 300 spécimens en 1985-1986 à Pointe-aux-Outardes. Un esturgeon noir a été capturé dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Verchères en 1976, la mention la plus en amont à ce jour. Vers l’aval, l’esturgeon noir est présent jusqu’à la frontière du Labrador, près de Blanc-Sablon.

Le Québec pêche actuellement 60 % de tous les esturgeons noirs au monde.

 

L’esturgeon juvénile s’alimente principalement de larves d’insectes, de mollusques (bivalves) et de plantes, alors que l’adulte se nourrit de mollusques, de vers, de crustacés (crevettes, amphipodes, isopodes) et de poissons, surtout le lançon d’Amérique. Du capelan est également observé dans les estomacs des captures commerciales au Québec. L’esturgeon noir détecte ses proies à l’aide de ses barbillons charnus, enfouit son rostre dans la vase, puis aspire la nourriture et les sédiments avec sa bouche protractile.

 

LES ESTURGEONS SONT MENACÉS PARTOUT DANS LE MONDE

Il existe 24 espèces d’esturgeons dans le monde, dont 17 appartiennent au genre Acipenser et dont la moitié sont des poissons anadromes. On ne retrouve les esturgeons que dans l’hémisphère nord. Recherchés depuis fort longtemps pour leur chair, mais surtout pour leur caviar, ils font l’objet d’une exploitation qui n’a cessé de s’accroître au cours des dernières décennies. Les esturgeons anadromes sont des poissons de forte taille qui utilisent les grandes rivières et les grands fleuves comme lieu de reproduction. Or, ces habitats ont subi de nombreuses agressions au cours du dernier siècle : construction de barrages, dragage pour permettre la circulation maritime, utilisation de l’eau pour des fins agricoles, sans compter la pollution sous diverses formes. Certaines espèces sont disparues, plusieurs sont menacées d’extinction et la situation de plusieurs autres espèces est précaire.

En Europe, l’esturgeon atlantique est très voisin de notre esturgeon noir. Il est disparu de l’Angleterre, du Danemark, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne alors qu’en France, il ne reste plus qu’une très petite population dans la Gironde dont la survie n’est pas assurée.

LES ESPÈCES NORD-AMÉRICAINES SONT EN DIFFICULTÉ

Quatre espèces d’esturgeon appartiennent à la faune nord-américaine, dont deux se retrouvent au Québec, soit l’esturgeon noir et l’esturgeon jaune. Les deux autres espèces se retrouvent plus au sud et à l’ouest, soit l’esturgeon à museau court, dans les eaux intérieures des États-Unis et dans la rivière Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, et l’esturgeon blanc, sur la Côte du Pacifique.

Ces quatre espèces font l’objet de préoccupations importantes. L’esturgeon à museau court est maintenant sur la liste des espèces menacées et son exploitation est interdite partout. L’esturgeon blanc faisait l’objet de pêcheries commerciales et sportives importantes sur la Côte du Pacifique jusqu’à dernièrement ; des mortalités massives d’adultes, constatées au cours de la dernière décennie dans le fleuve Fraser en Colombie-Britannique et vraisemblablement reliées à la pollution, ont fait en sorte que son exploitation est maintenant interdite. L’esturgeon jaune fait encore l’objet d’une pêcherie sportive et commerciale, mais avec de sévères restrictions, un peu partout au Canada et aux Etats-Unis. Quant à l’esturgeon noir, des études américaines ont permis de constater la disparition de plusieurs stocks et ont conclu qu’il fallait en interdire l’exploitation aux États-Unis pour préserver les populations qui restent.

LES ESTURGEONS NOIRS DU SAINT-LAURENT SOUS SURVEILLANCE

L’esturgeon noir est une espèce anadrome soumise à une exploitation commerciale importante dans le fleuve Saint-Laurent. Au début des années 1990, la récolte annuelle d’esturgeons noirs a oscillé autour de 120 000 kg. Les débarquements proviennent de l’estuaire moyen du fleuve Saint-Laurent, entre Québec et Trois-Pistoles, la majorité des captures provenant des secteurs de Montmagny et de Kamouraska. Afin de réduire la mortalité, l’exploitation de l’esturgeon noir a fait l’objet de restrictions importantes au cours des dernières années, principalement pour les gros individus qui atteignent la taille de la reproduction. Toutefois, un suivi annuel des débarquements indique une faiblesse importante dans le recrutement au cours des dernières années.

On doit se rappeler que l’esturgeon noir a failli disparaître complètement du fleuve il n’y a pas si longtemps ! Depuis le début des années 1940 jusqu’au milieu des années 1960, la récolte d’esturgeon noir était relativement stable et oscillait entre 30 000 et 40 000 kg par année. Puis, en 1967, c’est la catastrophe : l’esturgeon noir est complètement disparu de la pêcherie pour une période de 7 ans. D’après les pêcheurs de la région, c’est à cause des travaux effectués pour l’Exposition Universelle à Montréal. De plus, à la même époque, le bar rayé disparaissait du fleuve. Ce n’est qu’en 1976 que l’on a assisté à un retour graduel des captures d’esturgeon noir ; la grande longévité de l’espèce a sans doute permis à certains individus qui se trouvaient en dehors du fleuve de revenir frayer avec succès après le rétablissement des conditions de fraye et de repartir une population, après plusieurs années infructueuses. Le bar rayé n’a pas eu cette chance et il est complètement disparu du fleuve.

DES HABITATS DE FRAI VULNÉRABLES

On ne connaît pas encore les lieux de frai de l’esturgeon noir. Après huit années de travaux, la campagne d’échantillonnage de 1997 a permis de découvrir, pour la première fois, un site de concentration d’adultes en état de reproduction. La découverte de ce site situé en amont de Québec, juste en marge et peut-être même au centre de la voie maritime, permet de croire que les lieux de frai sont à proximité, dans le cours principal du Saint-Laurent. Des études sont prévues au cours des prochaines années pour circonscrire les habitats de concentration d’adultes, les frayères et les zones d’élevage. Les lieux de frai des esturgeons en général sont extrêmement restreints, souvent à peine quelques centaines de mètres carrés, ce qui rend ces endroits très vulnérables à des perturbations. Dans le Saint-Laurent, nous n'avons aucune indication pour savoir si nous avons une ou plusieurs frayères, mais il se pourrait que nous ayons aussi des lieux de fraye très restreints.

DES MENACES QUI PLANENT ENCORE

Personne n’a réussi à élucider les causes de la disparition du bar rayé et de l’éclipse, de près d’une décennie, de l’esturgeon noir. On ne peut pas invoquer une surexploitation de stocks puisque les effets se seraient alors répercutés sur plusieurs années pendant lesquelles on aurait observé des modifications graduelles des poissons récoltés.

Nul doute qu’il y a eu une destruction majeure de l’habitat de ces deux poissons anadromes. Parmi les modifications profondes de l’habitat qui peuvent avoir joué un rôle important, divers auteurs mentionnent des modifications physiques importantes de l’habitat du fleuve, avant ou pendant le milieu des années 1960, telles que le dragage du Saint-Laurent, la régulation des débits du fleuve, la construction de quais et de marinas, le déversement d’importantes quantités de pesticides et des rejets possibles de polluants d’origine imprécise.

Or, on projette actuellement beaucoup de dragage dans la zone sensible de l’habitat de l’esturgeon noir du Saint-Laurent, au cours des prochaines années. Le surcreusage de la voie maritime, le déblaiement des sédiments des marinas et la construction ou l’agrandissement de certaines autres constituent des menaces à l’habitat de l’esturgeon.

LES INDICES DE RECRUTEMENT POUR LES 4 ANS ET PLUS

En 1997, la gestion de la pêche a subi un changement majeur par l’allocation de quotas de capture attribués aux pêcheurs. Ceux-ci mettent en doute les conclusions que les gestionnaires font à savoir qu’il y a très peu de jeunes esturgeons dans le fleuve, car ils soutiennent avoir modifié leurs engins et leurs sites de pêche pour rechercher davantage les individus de plus grande taille. Ils ont offert leur collaboration pour permettre la capture d’esturgeons de petite taille, ce qui permettrait d’établir s’il y a effectivement plus de recrues que ne le démontrent les captures commerciales et ainsi comparer les résultats avec les observations des années antérieures.

Nous prévoyons, à l’aide des connaissances acquises auprès des pêcheurs commerciaux, regarder la possibilité de développer un indice de recrutement qui serait, par la suite, intégré aux observations du suivi de l’exploitation pour ajuster l’exploitation.*

*Le présent texte regroupe deux parutions :

CARON, François. Orientations des travaux de recherche et d’acquisition de connaissance sur l’esturgeon noir, 1998-2003, Ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction de la faune et des habitats, Québec, mai 1998.

THERRIEN, Jean. Rapport sur la situation de l’esturgeon noir (Acipenser oxyrhinchus) au Québec, Ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction de la faune et des habitats, Service de la faune aquatique, Québec, avril 1998.

 

LES INDIENS ET L'ESTURGEON

L'esturgeon semblent avoir été fortement estimé par les indiens. Leurs grandes tailles ont fait d'eux un gibier de grande valeur;
un esturgeon peut procurer autant de nourriture que plusieurs nombreux petits poissons. Aussi leur chair huileuse signifiait qu'il prendrait bien la fumée et à cause de cela il peut  être préservé pendant longtemps. Un autre avantage, les esturgeons ont l'habitude de se rassembler dans les rapides et a proximité en temps de fertilisation, se faisant cela facilite la capture. Un indien chasseur a été enregistré disant, "c'est pour nous les indiens dans l'eau ce que les buffles étaient sur terre." Les relations Jésuites contient un nombre de références à l'utilisation de l'esturgeon par les indiens. ils utilisaient aussi leur écailles à os dure pour en faire des râpes, et des grattes.

Richardson, (79) qui à accompagné Franklin lors de sa première expédition dans la recherche d'un passage nord-ouest pour l'Asie, quand ils ont passés l'hiver de 1814-20 sur une excellente ile du lac, affluentes des rivières de Saskatchewan, nous enregistrions que
le grand rapide qui forme une décharge de Saskatchewan dedans le lac Winnipeg apparait tout à fait grouillant de ce poisson dans les mois de lune, et quelques familles des habitants du pays recoururent en ce moment à la lance avec harpon ou les attraper avec avec un fort crochet attaché à un poteau."

De toute façon il y a assez de références dans la littérature pour faire certain que dans quelque domaine les indiens faisaient fumée ou sécher l'esturgeon pour l'utiliser dans le futures, mais ce n'est pas claire dans quel mesure ils en dépendaient, probablement cela variait de place en place.

Le séchage apparaît avoir été la méthode de préservation de ce poisson, aussi le plus largement et généralement utilisé chez les autochtones de L'Amérique du Nord.

Astrologie amérindienne